L'investissement responsable est la combinaison de préoccupations sociales et environnementales et de la performance financière dans les décisions d'investissement. Nous préférons employer l'expression investissement responsable plutôt que celle souvent utilisée d'investissement éthique, afin d'éviter la connotation de "morale personnelle" souvent associée à cette dernière.
L'investissement responsable s'incarne habituellement en trois stratégies qui peuvent ou non se combiner : le vote d'actionnaire, les filtres d'investissement et l'investissement communautaire.
1re stratégie : le vote d'actionnaire
La stratégie du vote d'actionnaire implique pour l'investisseur d'utiliser son droit de vote et les propositions d'actionnaire pour influencer les entreprises dans le sens d'une plus grande responsabilité sociale et environnementale. Un actionnaire d'une entreprise peut présenter une proposition à l'assemblée annuelle. L'ensemble des actionnaires est alors appelé à voter cette proposition. Ces propositions peuvent avoir une portée sociale ou environnementale. Dans ces cas, les propositions ne remportent habituellement pas la majorité des voix, mais elles exposent plusieurs faits importants aux autres actionnaires et amènent souvent la direction de l'entreprise à améliorer ses pratiques. Depuis plus de trente ans, des actionnaires ont utilisé leur droit de proposer des résolutions sur plusieurs questions, dont le respect des droits de la personne (par exemple l'apartheid en Afrique du Sud des années 1980), le respect de normes environnementales et le respect des droits des travailleurs et travailleuses (tels que définis par l'Organisation internationale du travail). Plusieurs propositions demandent aux entreprises d'adopter des codes de conduite.
Les communautés religieuses ont été les pionnières de ce militantisme d'actionnaire. Récemment, plusieurs fonds mutuels, gestionnaires de portefeuille et caisses de retraite ont commencé à voter en faveur des propositions sociales et environnementales et même, à proposer de telles résolutions. Depuis quelques années, certaines grandes caisses de retraite publiques ont emboîté le pas et utilisent leur énorme pouvoir financier pour favoriser un meilleur comportement social des entreprises.
2e stratégie : les filtres d'investissement
La stratégie des filtres d'investissement implique l'utilisation de critères de responsabilité sociale et environnementale dans la sélection de titres d'entreprises. On distingue deux types de critères :
1. Les critères d'exclusion automatique en fonction desquels on exclut des entreprises selon leurs produits ou services ou une mauvaise performance sociale ou environnementale. Les investisseurs responsables tendent à exclure certains secteurs comme les armes, le tabac ou le nucléaire. Plusieurs investisseurs responsables excluent aussi les entreprises menant des activités au profit de certains régimes où les droits de la personne sont sévèrement réprimés (comme la Birmanie) ou qui enfreignent systématiquement les lois protégeant l'environnement ou les travailleurs.
2. Les critères qualitatifs permettent de choisir des entreprises en tenant compte simultanément d'un ensemble de performances sociales et environnementales. Les critères qualitatifs portent habituellement sur les relations et les conditions de travail, l'équité dans l'emploi, les pratiques environnementales, les relations avec les communautés touchées par les opérations, les dons de charité. En observant l'ensemble de la performance d'une entreprise, un investisseur pourrait, par exemple, acheter des actions d'une entreprise qui est controversée au plan environnemental, mais qui montre des signes d'amélioration en plus d'avoir de bonnes relations de travail et communautaires.
De plus en plus, les investisseurs responsables utilisent l'approche des "meilleurs du secteur", qui consiste à privilégier les entreprises qui se comportent mieux que leurs concurrentes au plan social ou environnemental, tout en tenant compte de leur performance financière. Cette approche permet d'assurer une diversification du portefeuille équivalente à celle de l'indice de référence et ainsi d'éviter de délaisser un secteur au complet, même si, comme pour le pétrole et les mines, ce secteur contient de hauts risques environnementaux.
3e stratégie : l'investissement communautaire
L'investissement communautaire vise à appuyer le développement économique de régions particulières. Un investisseur communautaire peut placer une partie de ses capitaux dans les entreprises en démarrage qui génèrent de l'emploi ou dans le logement à prix modique. Ce type d'investissement repose sur la notion de " rendement social ", calculé à partir d'indicateurs quantifiables de la hausse de la qualité de vie. Ceci remplace le gain uniquement financier. Quatre types d'intermédiaires financiers exercent l'investissement communautaire : les banques communautaires, les caisses populaires (et credit unions), les fonds d'emprunts communautaires et les prêteurs à la micro-entreprise. Les fonds visant la création d'emploi au Québec, comme le Fonds de solidarité, ont une mission qui s'apparente à l'investissement communautaire.
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