C’est le 6 février dernier que se tenait l’assemblée annuelle de l’entreprise québécoise Les vêtements de Sport Gildan au cours de laquelle M. Greg Chamandy, PDG de l’entreprise, interpellé par Nicolas Fournier de la Fédération étudiante de l’Université de Montréal sur son engagement envers la certification SA8000, a affirmé que l’entreprise n’envisageait plus de procéder à cette certification pour le moment.
En effet, M. Fournier, qui représentait des actionnaires de Real Assets, un gestionnaire éthique de portefeuille basé à Vancouver, s’est prémuni du droit de parole des actionnaires lors de l’assemblée annuelle de l’entreprise et a demandé si :«Gildan s’engage toujours à procéder à la certification SA8000 de ses usines, et si oui, quand ce processus sera-t-il complété et est-ce que le rapport de vérification SA8000 sera rendu public?» M. Chamandy a répliqué à cette question en affirmant que l’entreprise avait procédé à une étude des différentes certifications sociales existantes et qu’elle avait décidé d’aller de l’avant avec la certification WRAP qu’elle perçoit comme étant la meilleure dans son industrie. Or, l’entreprise s’était engagée publiquement, il y a de cela un an, à compléter la certification SA8000 de ses usines et ce à la fin de l’année 2002. Dans un document d’entreprise distribué lors de l’assemblée annuelle de 2001, on peut y lire : «Gildan s’est engagé dans la procédure d’accréditation WRAP et SA 8000 depuis juin et octobre 2001 respectivement».
L’adoption par les entreprises multinationales d’un code de conduite crédible aux yeux des investisseurs éthiques et des ONG, à savoir un code de conduite basé sur les normes de l’OIT et impliquant un processus de vérification indépendant, est devenue un enjeu majeur. Le code Social Accountability 8000, élaboré en consultation avec les ONG, les syndicats et les entreprises, a comme caractéristique d'être une des normes les plus élevées en ce qui a trait à la régulation des conditions de travail dans les pays en voie de développement. Les normes, basées sur les principes de l’OIT, sont particulièrement élevées concernant le salaire (salaire de subsistance et non seulement salaire minimum du pays) et surtout la liberté syndicale (respect de la liberté d’association et de négociation, non-discrimination envers les syndicalistes et moyens parallèles d’association dans des pays ne reconnaissant pas la liberté syndicale comme la Chine). De plus, le SA8000 demande aux entreprises de consulter les ONG et les syndicats dans chaque pays et de faire appel à un processus de vérification externe et indépendant.
Le Worldwide Responsible Apparel Production (WRAP) a quant à lui été élaboré par des associations de manufacturiers et se base seulement sur le respect des lois locales (en matière de liberté syndicale et du salaire, ne reconnaissant pas le principe du salaire de subsistance à titre d’exemple), ce qui lui a valu beaucoup de critiques venant de diverses ONG. La certification WRAP s’est avérée très inefficace dans le passé, particulièrement pour protéger la liberté syndicale. En effet, plusieurs usines ayant été certifiées WRAP et produisant pour des entreprises textiles telles que Les Boutiques Jacob ou des détaillants comme Wal-Mart ont été impliquées dans des controverses concernant des violations de la liberté syndicale.
D’ailleurs, Gildan fait actuellement face à une controverse entourant les conditions de travail de l’une de ses usines au Honduras. En effet, d’après un rapport rendu public par l’ONG canadienne Maquila Solidarity Network, le 24 novembre 2002, 38 employés de usine d’El Progreso au Honduras auraient été renvoyés 10 jours après avoir déposé une demande de certification syndicale auprès du ministère du Travail au Honduras. Or, ceci constitue une violation de la loi du travail hondurienne interdisant le renvoi d’employés durant la période où ces derniers recherchent une certification syndicale, ainsi que du code de conduite de Gildan reconnaissant le respect de la liberté syndicale. Interrogée sur cette controverse par les médias, l’entreprise réplique que les mises à pied des employés étaient effectuées dans le cadre d’une restructuration, à la suite d’une baisse de demande et qu’elle n’était pas au courant de la demande de certification syndicale déposée par les employés.
Le Fonds de solidarité (FTQ), un des actionnaires importants de l’entreprise qui possède près de 11% des actions (classe A avec droits de vote), à travers la voix de M. Guy Versailles, vice-président aux communications, a demandé à Gildan d’effectuer une enquête indépendante sur ces allégations afin de clarifier la situation. M. Versailles a par ailleurs laissé savoir que le Fonds pourrait désinvestir de Gildan si la controverse actuelle n’était pas résolue. Enfin, le Fonds de solidarité renouvelle son souhait de voir l’entreprise adopter le code SA8000.
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