En choisissant de ne pas investir dans les énergies renouvelables, la société pétrolière Exxon Mobil s'expose au risque qu'un boycott international perdure, tout en passant à côté d'une occasion d'affaires que ses compétiteurs ne manquent pas d'exploiter.
Lors de la récente assemblée annuelle de Exxon Mobil Corporation, plusieurs actionnaires minoritaires ont pris d'assaut le conseil d'administration de la compagnie et son PDG, Lee Raymond, avec quatre propositions environnementales. L'une de celles-ci demandait que la pétrolière entame le développement d'énergies renouvelables, tout comme le font ses compétiteurs principaux. Cette proposition a recueilli 8,9 % des voix (soit l'équivalent en actions de 29 milliards de dollars américains), malgré l'opposition obstinée de la compagnie qui recommandait à ses actionnaires de voter contre. Une proposition semblable remportait 6,2 % en 2000.
Parmi les actionnaires qui ont voté en faveur de cette proposition, on retrouve le plus grand investisseur institutionnel aux États-Unis, soit la Caisse de retraite des fonctionnaires de la Californie (CalPERS). Cette caisse de retraite a une influence importante sur le vote de
Nombreux investisseurs institutionnels.
Il n'est pas impensable que les actionnaires ayant voté en faveur de la proposition soient tentés de transférer leur actif aux deux principaux compétiteurs, BP Amoco Plc et le Royal Dutch/Shell Group, qui ont des performances financières semblables, mais dont le risque environnemental et social est largement inférieur. En effet, ces compagnies (qui forment avec Exxon Mobil les trois principaux géants du pétrole) reconnaissent la menace des changements climatiques et l'importance des énergies renouvelables. BP est solidement engagé dans la distribution de technologies solaires et Shell investit 500 millions de dollars américains sur cinq ans en développement et commercialisation de technologies solaires, éoliennes et biomasses. Les énergies renouvelables ne représentent que 2 % de la consommation mondiale actuelle (contre 40 % pour le pétrole),mais ont une croissance beaucoup plus élevée que les énergies fossiles. Par exemple, les ventes de technologies d'énergie éolienne ont augmenté de 26 % en 2000.
La révolte gronde aussi chez les consommateurs. Un boycott international de Exxon Mobil a été lancé en Europe. La campagne est dirigée par des groupes influents, dont Greenpeace et tous les partis verts du globe. Le boycott exige que Exxon Mobil utilise son influence auprès de l'administration Bush pour que celle-ci reprenne une position favorable au protocole de Kyoto portant sur les changements climatiques. Le boycott a remporté un succès non négligeable en Grande-Bretagne où, selon un sondage de la firme MORI, 53 % des consommateurs britanniques affirmaient qu'ils n'achèteront plus leur essence des stations Esso (nom des stations de Exxon Mobil en Europe). De plus, une centaine de députés du Parlement européen ont offert leur appui au boycott. L'Europe représente près de 30% du chiffre d'affaires de Exxon Mobil et la compagnie répond présentement au boycott par un effort de relations publiques. Aucun boycott n'a encore été déclaré en Amérique du Nord.
Exxon Mobil est ciblée par les groupes de pression parce qu'elle est ouvertement contre les efforts gouvernementaux visant à minimiser les émissions de CO2, tels que proposés dans le protocole de Kyoto. Elle est aussi accusée de s'entêter, plus que toute autre compagnie, à persuader l'opinion publique des impacts négatifs du protocole de Kyoto sur l'économie mondiale. Exxon Mobil fait aussi mauvaise figure auprès des actionnaires et des consommateurs avertis, en mettant en doute l'existence d'un lien entre l'activité humaine et les changements climatiques tout en se basant sur des études, qui sont selon plusieurs observateurs, sont peu crédibles. La compagnie discrédite à son tour les conclusions alarmantes du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), l'autorité scientifique en matière de changements climatiques, créé par l'Organisation des Nations Unies et l'Organisation météorologique mondiale.
Des actionnaires ont présenté une seconde proposition demandant à la compagnie de rédiger un rapport sur les impacts environnementaux de l'exploitation pétrolière dans le Refuge faunique national de l'Alaska. Le Refuge est situé sur la côte Nord de l'Alaska, où 95 % du territoire est déjà ouvert à l'exploitation pétrolière. L'administration Bush semble décidée à ouvrir ce territoire aux sociétés pétrolières. Plusieurs sondages montrent par contre que a majorité des Américains préfèrent conserver ce territoire sous protection. Exxon Mobil est de nouveau la cible des groupes de pression s'opposant à cette ouverture.
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