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16 avril 2001

Occidental Petroleum et Enbridge : des pétrolières accusées de profiter de la violence en Colombie

François Meloche

Depuis 1998, la pétrolière américaine Occidental Petroleum (OXY) développe le bloc "Samora", une réserve pétrolière se trouvant en Colombie, au cœur d'un territoire traditionnellement occupé par les U'wa. Ce groupe autochtone comptant 5000 membres demande que le projet demeure sur la sellette jusqu'à ce que soient réglées la question territoriale et celle de la propriété des ressources. Cette position des U'wa est appuyée par l'Organisation des États américains (OEA) qui, dans un rapport publié en 1997, condamne le mauvais traitement des U'wa et recommande l'arrêt de tout développement pétrolier dans le bloc Samora. Malgré la désapprobation internationale, OXY va de l'avant sur la base du permis qu'elle a reçu du gouvernement de Colombie. Face à cette situation, une proposition d'actionnaires sera présentée lors de l'assemblée annuelle d'OXY demandant au conseil d'administration d'évaluer le risque financier associé au projet controversé en Colombie.

Des risques pour les actionnaires
Les proposeurs affirment que le désaccord avec les U'wa engendre un risque financier pour les actionnaires. En effet, depuis les conflits violents entre la police et les U'wa non armés de 1999 à 2000, un vaste mouvement national et international de solidarité avec les U'wa s'est orchestré. Une grève générale des commerces et des services de transport a paralysé un des États de la Colombie. Aux États-Unis, des groupes environnementaux ont monté une imposante campagne médiatique qui a contribué à convaincre Fidelity Investments, une société de fonds mutuels qui détenait 15 % des actions de OXY, de se débarrasser de ce placement.

Un permis du gouvernement est contesté devant la cour
Les U'wa ont engagé de nombreux recours légaux pour tenter de retirer le permis qu'OXY a obtenu en 1995. Les U'wa affirment que OXY n'a pas respecté la loi qui exige une consultation formelle des autochtones avant tout projet d'exploitation. Bien que les U'wa reconnaissent que OXY a mené une consultation en 1992, ils soutiennent que les rencontres entre OXY et les autochtones n'ont pas rempli les conditions fixées par la loi au plan de la sanction des rencontres par le ministère de l'Environnement colombien et de la supervision par un représentant officiel des autochtones. La cour supérieure de Colombie a donné raison aux U'wa et a exigé qu'une consultation en bonne et due forme ait lieu avant de procéder au développement du projet. OXY a rétorqué en faisant appel de cette décision et a obtenu gain de cause le mois suivant.

Les actionnaires se joignent aux efforts
À Los Angeles, en 2000, le chef des U'wa a pris la parole devant l'assemblée des actionnaires d'OXY. Il a alors déclaré : "la terre de laquelle OXY veut extraire le pétrole nous est sacrée, notre vie dépend de la santé de cette terre".

Un groupe d'actionnaires dominicains des États-Unis et Walden Asset Management, une firme de gestion "responsable" de portefeuille, présentent à nouveau cette année, lors de l'assemblée du 28 avril, une proposition qui demande que le conseil d'administration d'OXY prépare un rapport d'ici septembre 2001 sur les risques et coûts liés au projet Samora. La proposition précise que l'analyse devra porter sur :

- l'impact négatif sur l'image publique de OXY relié à ce projet ;
- le risque financier en raison de la guerre civile en Colombie (possibilité de hausse des coûts de sécurité, de dommage aux installations, de réparation et de nettoyage des écoulements de pétrole) ;
- le risque de poursuites légales par des membres des U'wa (et leurs partenaires à l'extérieur de la Colombie) dans le cas où un ou des individus s'opposant au projet seraient blessés ou tués par des services de sécurité travaillant pour le compte de OXY.

Une société canadienne visée : Enbridge
Le plus important investisseur canadien en Colombie est Enbridge. Cette société de gaz naturel est propriétaire de près de 25 % du pipeline OCENSA (Oleoducto Central South America) et en est son seul opérateur. Le pipeline achemine 60 % du pétrole colombien vers la mer des Caraïbes. Enbridge est accusée de favoriser la violence en Colombie.

L'agence de sécurité privée Defense Systems Limited (DSL), qui a été retenue par OCENSA, est accusée d'avoir importé des armes légères pour la 14e brigade de l'armée colombienne, connue pour de nombreux abus des droits de la personne. DSL est également accusée d'avoir mis sur pied un réseau de surveillance des opposants au projet de pipeline. Selon Amnistie internationale, ce réseau a remis de l'information à l'armée qui a conduit à des exécutions sommaires de personnes accusées de "subversion".

En octobre 1998, l'Ejervito de Liberacion Nacionale (ELN), un groupe guérilla en lutte contre l'armée colombienne, a bombardé le pipeline en réaction aux actions de DSL. Cette attaque provoqua une immense explosion (très probablement imprévue) qui ravagea un village avoisinant. Résultat : 73 paysans morts, dont 36 enfants.

Enbridge n'utilise plus les services de DSL. Toutefois, plusieurs experts affirment que l'entreprise canadienne devrait minimalement signaler publiquement son intention de contribuer au processus de paix en Colombie et de faire en sorte que ses mesures de sécurité et l'opération du pipeline n'aggravent pas le conflit armé et l'atteinte aux droits de la personne. Finalement, certains recommandent aussi à la société de communiquer à ses actionnaires le risque considérable lié à cet investissement et même de considérer l'option de se retirer du consortium comme l'a fait le groupe Royal Dutch Shell.

Étant donné les actes nombreux de vandalisme contre les pipelines et les occasionnelles prises d'otages d'employés de sociétés étrangères par la guérilla, les pétrolières engagent des coûts importants qui peuvent réduire la rentabilité des projets. Il est estimé qu'une part de 8 % des investissements pétroliers en Colombie est avalée par des frais de sécurité.

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