C’est le 4 février 2004 que se tenait l’assemblée annuelle de Gildan à Montréal. Au cours de cette assemblée, qui a été marquée par une manifestation à l’extérieur organisée par des groupes de défense des travailleurs et par l’interpellation des actionnaires sur les pratiques sociales de l’entreprise, le PDG de la compagnie, Greg Chamandy, a dû s’expliquer sur plusieurs points.
La responsabilité sociale
À cette occasion, M. Chamandy a annoncé l’embauche d’un nouveau directeur de la conformité sociale, dont une des responsabilités consisterait à mettre sur pied en 2004 un programme de liaison avec les groupes intéressés. Ce programme, selon l’entreprise, servira de tribune pour recevoir les commentaires et dialoguer avec les parties intéressées, dont les groupes d’étudiants, les ONG, les gouvernements, etc., sur les questions relatives à la responsabilité sociale.
M. Chamandy s’est aussi prononcé sur la plainte déposée auprès de la Fair Labor Association (FLA), en mentionnant que l’entreprise n’était pas parfaite et en réitérant la décision de Gildan de collaborer avec cette enquête. Aucune mention n’a cependant été faite de la plainte déposée auprès du Worker Rights Consortium (WRC) ainsi que du désinvestissement du Fonds de solidarité (FTQ) en novembre dernier.
Comme lors de l’assemblée annuelle de 2003, le gestionnaire de portefeuilles éthiques canadien Real Asset a encore une fois délégué son droit de parole à un membre de la Fédération des associations étudiantes du campus de l'Université de Montréal (Faécum), M. Philippe Bélanger. M. Bélanger a interpellé M. Chamandy sur les allégations de violations de la liberté syndicale à l’usine El Progreso du Honduras en demandant si : 1) Gildan allait coopérer avec l’enquête du WRC et prévenir tout autre dommage à sa réputation et à sa valeur à long terme ; et 2) Gildan allait s’engager publiquement à corriger toutes les violations des droits des travailleurs qui seraient mises à jour par la vérification de la FLA ou par l’enquête du WRC.
M. Chamandy a répliqué en disant que l’entreprise allait rencontrer des représentants du WRC la semaine prochaine et que Gildan était ouverte à cette idée. Il a ensuite conclu en disant que l’entreprise s’était engagée à respecter le code de conduite de la FLA et que si l’enquête démontre des éléments de non-conformité, Gildan serait prête à corriger la situation.
Mentionnons enfin la tenue d’une manifestation devant l’Hôtel Omni de Montréal, où se déroulait l’assemblée annuelle de Gildan. La manifestation a été organisée par le Centre des travailleurs immigrants afin de protester contre les pratiques sociales de l’entreprise dans ses usines au Honduras.
La régie d’entreprise
Deux bonnes nouvelles en matière de régie d'entreprise ont été annoncées par Gildan hier. En effet, dans un communiqué émis le 3 février, on apprenait la séparation des postes de président du conseil d'administration et de chef de la direction, ainsi que la future conversion des actions à droit de vote multiple en actions à droit de vote unique.
En effet, Greg Chamandy passe les rênes à son frère Glenn, qui deviendra le nouveau chef de la direction. Il est à noter qu'il y aura une transition, période pendant laquelle le nouveau chef sera surveillé par un comité de direction dirigé par Greg Chamandy. Cette période devrait durer environ un an.
Greg Chamandy conservera son rôle de président du conseil d'administration, ce qui n'est pas conforme aux standards de la Coalition canadienne pour la bonne gouvernance. En effet, la Coalition indique, dans son document de lignes directrices, que l'administrateur en charge du conseil ou le président du conseil doit être indépendant. Ce n'est pas le cas pour Gildan, puisque le président du conseil, Greg Chamandy, est le frère du PDG et qu’il est encore à l'emploi de la société. Rappelons que Gildan a mentionné, à plusieurs reprises durant sa présentation, qu'elle se conforme aux plus hauts standards de bonne gouvernance. Une affirmation questionnable.
Une autre nouvelle pourra réjouir certains actionnaires, celle de la conversion des actions à droit de vote multiple (catégorie B) en actions à droit de vote unique (catégorie A), sans rémunération en échange. Les frères Chamandy possèdent actuellement la presque totalité des actions à droit de vote multiple, soit 5 498 400 actions qui représentent 61 % de l'ensemble des droits de vote. Avec la conversion, les frères Chamandy cumuleront 19 % des droits de vote, ce qui réduira le contrôle qu'ils exercent sur les votes. Cette proposition doit être approuvée par le conseil d'administration.
Les résultats des votes des propositions de la direction n’ont pas encore été rendus publics.
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