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16 avril 2001

Wal-Mart et les "sweatshops" au Honduras

Sherazad Adib

L'entreprise multinationale Wal-Mart s'est vue reprocher de faire appel à des fournisseurs utilisant des "sweatshops" au Honduras. En effet, le National Labor Committee, un groupe américain de défense des droits de la personne, dans une étude effectuée dans plusieurs usines du Honduras, a rapporté des violations des droits des travailleurs dans des "sweatshops" où étaient conçus des vêtements vendus à Wal-Mart .


La multinationale Wal-Mart est l'un des plus grands détaillants au monde, avec un chiffre d'affaires de près de 192 milliards de dollars au 31 janvier 2001 et plus de 4000 magasins répartis à l'intérieur de 10 pays, dont le Canada, le Mexique, Porto Rico, l'Argentine et le Brésil. Au Canada, l'entreprise a une part de marché de près de 40 % du commerce de détail. Mais Wal-Mart est aussi l'une des entreprises les plus critiquées par des groupes de défense des droits de la personne et des investisseurs éthiques pour les violations des droits des travailleurs commises dans ses entreprises fournisseurs.

Les violations des droits des travailleurs dans les usines du Honduras

Des heures supplémentaires forcées
Dans les usines de fabrication de vêtements, les conditions de travail sont particulièrement difficiles. La majorité des employés sont des jeunes femmes travaillant à la chaîne pendant plus de 12 heures par jour. Dans certaines usines, les travailleurs sont forcés de faire des heures supplémentaires, sans quoi ils peuvent être suspendus ou renvoyés. À l'usine Evergreen, située dans le parc industriel de Rio Blanco, on travaille parfois près de 88 heures par semaine, 7 jours sur 7, alors que la loi du travail dans le pays interdit les journées de travail de plus de 12 heures et le recours à des heures supplémentaires plus de quatre fois par semaine.

Des conditions de vie au travail difficiles
Les travailleurs sont assis toute la journée sur des bancs en bois dans des usines sans fenêtres, sans ventilation et avec une chaleur intenable, particulièrement dans les zones de production. Les sorties de secours sont souvent bloquées par du matériel de production qui est stocké à l'intérieur de l'usine et les extincteurs de feu sont vides. Les travailleurs n'ont pas le droit de parler et doivent demander la permission d'utiliser les toilettes. Souvent, on y fait jouer de la musique forte pour augmenter la cadence de travail.

L'accès aux avantages sociaux n'est pas reconnu
Au Honduras, dans le but de faire bénéficier le travailleur du système de santé national, des déductions de 4 % sont effectuées sur chaque salaire et l'employeur doit aussi contribuer pour un montant équivalent à 8 % du salaire des travailleurs. Ceci permet entre autres de couvrir des frais et des examens médicaux des travailleurs et de leurs enfants. Selon le National Labor Committee, à l'usine Evergreen, l'employeur percevait des cotisations de la part des travailleurs sans les transmettre au gouvernement. Ces cotisations payées par les travailleurs ne leur donnaient donc pas accès à une protection en matière de santé.

Un salaire de base insuffisant
Au Honduras, le salaire moyen perçu dans le secteur du détail est de 0,43 $ l'heure, ce qui permet de couvrir seulement 54 % des coûts de la vie dans le pays. Les travailleurs qui produisent des vêtements pour Wal-Mart ne peuvent se permettre d'acheter du lait, de la viande ou des fruits pour leur famille.

La liberté d'association interdite
La liberté d'association des travailleurs est totalement déniée. Quiconque étant simplement suspecté de vouloir organiser un syndicat est immédiatement renvoyé.

Mentionnons enfin que les travailleurs ne connaissent souvent pas leurs droits en matière de travail et qu'ils n'ont jamais entendu parler du code de conduite de Wal-Mart.

Le code de conduite de Wal-Mart
Dans son code de conduite, Wal-Mart fait souvent référence au respect des lois locales en matière des droits du travail. Or, comme le démontre le rapport du National Labor Committee, qu'il s'agisse par exemple des heures travaillées ou de droits liés à des avantages sociaux, les usines étudiées étaient loin de se conformer aux lois du travail du Honduras.

Par ailleurs, l'entreprise ne fait aucune mention dans son code à la liberté d'association, un droit essentiel reconnu par l'Organisation internationale du travail. Enfin, il est mentionné dans le code de conduite de Wal-Mart que toutes les usines de production de marchandises vendues à l'entreprise multinationale doivent être inspectées et certifiées avant chaque production. Selon le National Labor Committee, le cas des usines du Honduras démontre clairement l'inefficacité du code de conduite de Wal-Mart quant à son application réelle par ses fournisseurs.

Les actionnaires font entendre leurs voix
Au mois de janvier dernier, une coalition de 38 investisseurs américains et canadiens a rendu publique une proposition d'actionnaires auprès de l'entreprise Wal-Mart lui demandant de développer des programmes de vérification indépendante impliquant des ONG et des groupes des droits de la personne dans le but de s'assurer du respect de son code de conduite par ses fournisseurs. Il faut dire que d'autres compagnies, telles que Gap, ont entrepris des démarches de vérification indépendante où sont impliquées des organisations locales et non gouvernementales ayant plus de crédibilité aux yeux des investisseurs et des consommateurs.

La proposition fait aussi référence au versement d'un salaire de subsistance et au respect des principales normes internationales reconnues par l'OIT, c'est-à-dire l'abolition du travail forcé, l'interdiction du travail des enfants âgés de moins de 15 ans, la liberté d'association, le paiement de salaire, la santé et sécurité, la non-discrimination basée sur la race et le sexe.

Cette année, deux autres propositions d'actionnaires similaires seront aussi déposées lors des assemblées d'actionnaires des entreprises Sears et La Baie.

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