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12 juin 2001

Ciment St-Laurent et le racisme environnemental

François Meloche

La santé publique et la discrimination raciale sont à la source de l'injonction qui empêche depuis le 1er avril le Groupe Ciment St-Laurent inc. d'ouvrir sa nouvelle usine de laitier broyé au New Jersey.

Selon ses propres estimés, ce délai lui coûte 200 000$ par semaine, soit 0,02 % de son plus récent chiffre d'affaires. Cet important projet de 50 millions de dollars américains, qui compte pour 5 % de son actif total, doit produire un additif au ciment qui est très en demande à l'heure actuelle. L'usine va émettre plusieurs polluants atmosphériques dans une région déjà fortement contaminée et habitée par une population à majorité afro-américaine et hispanique. Parmi ces polluants, on retrouve des particules extrêmement fines, les PM-10, qui pourraient, selon une étude de l'Université de Johns Hopkins à Baltimore, entraîner des maladies de cœur et des problèmes respiratoires graves (une augmentation de 10 microgrammes de PM-10 dans l'air est associée à une augmentation de mortalité de 0,5 % chez la population touchée).

L'injonction du juge de la cour du New Jersey qui interdit à Ciment St-Laurent de démarrer son usine a été émise suite à la demande du South Camden Citizens in Action (SCCA), un groupe formé de citoyens de la communauté pour lutter contre le projet. Le SCCA a intenté une poursuite sans précédent contre le New Jersey Department of Environmental Protection (NJDEP) pour avoir octroyé un permis de contrôle des émissions atmosphériques à la cimenterie sans tenir compte du droit civil (le Civil Rights Act). Le SCCA juge que le permis ne tient pas compte de l'impact cumulatif et discriminatoire sur la santé des 2100 habitants de Waterfront South (dont 62 % sont afro-américains et 27 % sont hispaniques).

Le NJDEP, de son côté, affirme que l'usine de Ciment St Laurent emploie une technologie de pointe et respecte tous les règlements environnementaux. Le juge a obligé le NJDEP à réviser les conditions d'émission du permis octroyé à la compagnie. Le NJDEP devra considérer l'impact cumulatif dans le contexte de cette région. L'agence gouvernementale et Ciment St-Laurent ont tous deux fait appel de la décision.

En 1999, Ciment St-Laurent a fait la demande d'un permis environnemental pour une usine de broyage de laitier dans le sud du comté de Camden,au New Jersey. Le permis a été octroyé au mois d'octobre 2000.Cependant, suite aux démarches du SCCA, une injonction a été émise et l'ouverture de l'usine est retardée jusqu'à la fin du procès.

La région de South Waterfron est très industrialisée. Selon l'avocate du SCCA, Olga Pomar, les sources de polluants dans cette petite communauté sont nombreuses : deux sites " extrêmement " contaminés, une usine de traitement des eaux, un incinérateur et une centrale thermique. Selon Michael Sepanic, de l'Université Rutgers au New Jersey, les taux de problèmes respiratoires comme l'asthme sont près de deux fois plus élevés dans la communauté de Camden South que dans une autre communauté de ce comté qui a une population semblable.

Ciment St-Laurent affirme que "la demande de laitier broyé est actuellement très forte en Amérique du Nord" et qu'elle vise à être un "fournisseur majeur". Au cours de l'année 1998, la compagnie a choisi d'installer une usine de broyage au New Jersey. L'année suivante, la compagnie a érigé un granulateur à laitier en Ontario. L'usine de Camden représente un très grand investissement pour Ciment St-Laurent. Ses investissements en 2000 ont doublé par rapport à l'année précédente (de 86 à 167 millions de dollars), principalement à cause du projet de Camden.

Le secteur cimentier est controversé au niveau environnemental à cause des émissions atmosphériques et à la haute consommation d'énergie fossile. Ciment St-Laurent est généralement sensible à son image publique et entreprend des consultations publiques dans les régions touchées par ses usines. Toutefois dans ce cas, le niveau d'opposition au projet et son impact environnemental ont visiblement été ignorés ou mal évalués.

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