Manhattan Minerals, une petite entreprise minière de Vancouver, a remis, le 9 décembre, son étude d’impact sur l’environnement dans le cadre du projet de Tambogrande au Pérou. Ce projet de mine à ciel ouvert soulève la controverse depuis le début de la phase exploratoire, à la fin des années 1990. Rappelons qu’une grande majorité d’habitants de cette région agricole s’opposent à tout projet minier. Une consultation en juin dernier a confirmé que plus de 90 % de la population était de cet avis. De plus, le nouveau maire de Tambogrande est un des principaux acteurs de l’opposition au développement minier.
L’étude d’impact sur l’environnement (EIE), qu’on attendait depuis plus de six mois, décrit les impacts mais aussi les bénéfices prévus pour la communauté. Selon Manhattan, le dépôt de l’étude a été retardé afin d’assurer que le projet observe les normes de relocalisation de la Banque mondiale. Dans la foulée du référendum de l’été dernier, le gouvernement a par ailleurs promis de débourser les frais d’une étude indépendante de l’EIE pour en vérifier la véracité.
Les principaux points de l’étude sont :
- Aucun impact environnemental n’est prévu au cours de la construction de la mine. Les digues pour contenir les résidus miniers toxiques seront étanches et solides. À la suite de la fermeture de la mine, le site sera réhabilité et le trou sera rempli naturellement d’eau pour former un bassin.
- La moitié de la ville devra être relocalisée. Manhattan financera la construction de 1786 nouvelles maisons pour les habitants déplacés. Cette relocalisation se fera au coût de 35 millions $US. De plus, neuf nouvelles institutions scolaires seront construites.
- Le projet créera 1230 emplois pendant près de trois ans et 350 au cours de la durée de vie de la mine.
- Le projet coûtera 405 millions $US et rapportera 1,3 milliard. Manhattan sera actionnaire à 75 % du projet, tandis que le gouvernement péruvien en détiendra 25 %.
L’EIE doit maintenant être approuvée par le gouvernement national à la suite de deux audiences publiques (une à Piura et une à Lima). De toute évidence, la population préfère l’activité agricole aux risques associés à l’industrie minière. Malgré les garanties que les meilleures pratiques seront utilisées pour protéger la qualité et la quantité d’eau, les opposants y voient une menace pour leur agriculture et leurs exportations de limes et de mangues.
Le nouveau maire de Tambogrande, Francisco Ojeda, qui a aussi dirigé l’opposition à la mine au cours des dernières années, a affirmé que « avec le dépôt de l’EIE, le gouvernement démontre qu’il ne veut pas de dialogue… Je ne sais pas comment la population va réagir. » (traduction libre). Les opposants au projet ne font pas confiance au processus de consultation officiel. Ils soutiennent que le gouvernement péruvien n’a jamais refusé un projet de mine parvenu à ce stade et qu’étant actionnaire à 25 %, il se retrouve dans une situation de conflit d’intérêts.
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