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1 avril 2002

Une assemblée annuelle houleuse pour Coca-Cola Company : la controverse en Colombie à l’ordre du jour

Groupe investissement responsable

Le 17 avril dernier, les actionnaires de Coca-Cola ont voté à près de 6 % en faveur d’une proposition à caractère social, qui demandait notamment au conseil d’administration de la compagnie d’adopter un code de conduite pour ses fournisseurs et franchises d’embouteillage, sur la base, au minimum, des principes fondamentaux de l’Organisation internationale du travail. Les proposeurs, parmi lesquels se trouvent Christian Brothers Investment Services et General Board of Pension and Health Benefits, ont dit être préoccupés par la poursuite déposée en juillet dernier par un syndicat colombien, qui accuse Coca-Cola et sa franchise d’embouteillage colombienne d’avoir fait appel à des groupes paramilitaires pour intimider, enlever et même assassiner des dirigeants syndicaux.

Pendant que Coca-Cola tenait son assemblée annuelle des actionnaires, James P. Hoffa, le président général des Teamsters, joignait sa voix à celle du dirigeant syndical colombien Javier Correa, pour réclamer de l’entreprise qu’elle négocie un accord international pour protéger les droits de ses travailleurs et assurer leur sécurité. Des centaines de travailleurs s’étaient rassemblés à l’extérieur pour dénoncer les conditions de travail des employés de Coca-Cola en Colombie, ainsi qu’au Guatemala, aux Philippines et au Zimbabwe. M. Correa a ainsi déclaré que sept travailleurs colombiens ont été brutalement agressés et tués durant la période de négociation entre Coca-Cola et ses employés.

Les étudiants de l’Université Harvard, qui ont reçu précédemment la visite de travailleurs de Coca-Cola, dont celle de M. Correa, ont également fait entendre leurs voix et réclamé de l’entreprise qu’elle prenne ses responsabilités pour assurer la sécurité et les droits de ses travailleurs dans ses centres de production, d’embouteillage et de distribution à travers le monde.

Réagissant aux accusations des dirigeants syndicaux, Coca-Cola a vivement nié avoir une responsabilité dans le meurtre des syndicalistes colombiens. De plus, la compagnie affirme qu’elle a adhéré aux conventions internationales interdisant le travail des enfants et les punitions corporelles. Elle a déclaré avoir ses propres principes pour protéger ses travailleurs qui fabriquent ou mettent en bouteille ses produits. Hoffa a, pour sa part, répliqué que les lignes directrices de la compagnie à cet effet sont volontaires et qu’elles sont dépourvues de dents.

Selon des syndicalistes colombiens, les entreprises occidentales recourent régulièrement à des groupes de paramilitaires afin d’intimider et d’attaquer les leaders syndicaux. Depuis maintenant 38 ans, la Colombie est déchirée par une guerre civile qui a provoqué la mort d’au moins 40 000 personnes depuis le début des années 1990, la plupart tuées par des groupes de paramilitaires. Selon la Confédération internationale des syndicats libres (CISL), près de 130 leaders syndicalistes auraient été assassinés en 2001.

D’ailleurs, plusieurs entreprises canadiennes et américaines font actuellement face à des controverses concernant leurs opérations en Colombie. C’est le cas, par exemple, de l’entreprise minière Drummond, poursuivie, entre autres, par le puissant syndicat américain United Steelworkers of America pour avoir engagé des groupes de sécurité paramilitaires colombiens, accusés d’avoir assassiné trois leaders syndicaux en 2001. Au Canada, une proposition d’actionnaires visant l’entreprise pétrolière Enbridge a été déposée par des investisseurs canadiens (Fonds Méritas et Real Assets) demandant à l’entreprise de s’engager à protéger ses travailleurs en Colombie. D’après ces investisseurs, l’entreprise est actionnaire à 24,7 % de Oleoducto Central SA (OCENSA), compagnie gérant le plus grand pipeline en Colombie et entretenant des liens avec des groupes de paramilitaires selon certaines organisations de droits de la personne. Cette proposition a cependant été retirée après que l’entreprise ait accepté d’adopter un code de conduite, Voluntary Principles on Security and Human Rights, basé sur des principes mis de l'avant par les Nations Unies ainsi que les normes de l'Organisation internationale du travail.

Plusieurs autres entreprises pétrolières canadiennes, telles que Talisman et Nexen, ont actuellement des opérations en Colombie.

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