La compagnie minière canadienne Asia Pacific Resources Ltd. (APR), qui détient 90 % de la concession de potasse Udon Thani, située dans le nord-est de la Thaïlande, projette d’exploiter celle-ci par le biais d’une mine souterraine. Selon l’organisation Mines Alerte Canada, ce projet se heurte toutefois à une forte opposition politique et populaire.
Les communautés locales craignent plus particulièrement que la mise en œuvre du projet entraîne un vaste affaissement de terrain, la contamination par le sel des terres agricoles et la contamination de la nappe phréatique. Alors qu’au Canada, l’extraction de la potasse s’effectue à plus d’un kilomètre de la surface, causant rarement des problèmes d’affaissements, APR compte exploiter le gisement thaïlandais de potasse à moins de 350 mètres, sous des terres agricoles densément peuplées, déclare le Dr Catherine Coumans, de Mines Alerte Canada. Cette dernière précise que des géologues indépendants, ainsi que l’étude des impacts environnementaux préparée par la compagnie, ont souligné les risques d’un affaissement de terrain consécutif à l’exploitation de la mine, qui pourrait être de l’ordre de 70 cm, estiment les auteurs de l’étude.
Depuis 1993, année durant laquelle fut initiée la phase d’inspection et d’exploration du gisement de potasse, des membres des communautés locales manifestent leur opposition au projet. À deux reprises, des villageois se sont rendus à Bangkok pour remettre des pétitions à l’ambassade canadienne, demandant que l’on s’assure que APR respecte les mêmes normes sociales et environnementales qu’au Canada. Or, selon la directrice du groupe thaïlandais de défense de l’environnement Project for Ecological Recovery, Sayamol Kaiyoorawong, les normes canadiennes n’ont pas été suivies, jusqu’à présent. Elle affirme que l’entreprise n’a pas versé de compensations pour les dommages causés par les activités d’exploration et que la communauté ne croit pas qu’elle résoudra les problèmes qui découleront de l’exploitation de la mine. De plus, APR n’aurait pas préparé de plans concernant la mise hors service de la mine et la restauration du site. Mme Sayamol soulève enfin le manque de consultation et de participation de la population durant la phase exploratoire du projet.
Outre les réticences des communautés locales, APR doit également composer avec une opposition politique. Puisqu’il n’existe pas encore de mines souterraines de large échelle en Thaïlande, il est nécessaire que la loi sur les mines soit amendée pour que le projet puisse aller de l’avant. Après plusieurs tentatives, la Chambre des représentants a finalement adopté, le 21 août dernier, des amendements à la loi. Deux jours plus tard, 77 sénateurs se sont adressés à la cour constitutionnelle, estimant que les amendements sont contraires à la Constitution, notamment en ce qui a trait au droit de propriété foncière. L’un des sénateurs a aussi précisé que la loi telle qu’amendée permet au gouvernement d’accorder des concessions à des entreprises privées sans avoir à obtenir le consentement des communautés. La cour a accepté d’entendre la cause, ajoutant ainsi un nouvel obstacle au projet de APR.
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