En annonçant la fermeture, le 6 mai 2005, de son magasin de Jonquière, Wal-Mart a soulevé une importante vague d’indignation en Amérique du Nord. Nul doute que cette décision aura un impact très négatif sur l’image de la compagnie. Nombreux sont les syndicats, journalistes et analystes qui ont affirmé avec force, dans les heures qui ont suivi l’annonce, que Wal-Mart n’est assurément pas un bon citoyen. La raison invoquée par l’entreprise afin de justifier sa décision, soit que ce magasin n’était pas rentable, a été reçue avec scepticisme.
Au Québec et ailleurs, plusieurs ont dénoncé ce qu’ils qualifient de campagne d’intimidation des travailleurs. Alors que certains ont évoqué la possibilité d’un boycottage de la chaîne de magasins, la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ) et le syndicat des Travailleurs et travailleuses unis de l’alimentation et du commerce (TUAC) ont préféré, pour l’instant, mettre de côté ce moyen de pression.
En conférence de presse le 11 février, ils ont plutôt demandé au gouvernement d’intervenir en nommant un arbitre afin que les travailleurs obtiennent une convention collective avant la fermeture du magasin. Henri Massé, président de la FTQ, souligne que « Il s’agirait là d’un message clair du gouvernement à Wal-Mart qu’il existe un régime de relations de travail et des lois que toute entreprise doit respecter chez nous ». Québec a rapidement réagi à ces propos. Le ministre du Travail, Michel Després, a en effet assuré que le processus d’arbitrage serait maintenu ; il a prévenu Wal-Mart que le Ministère désignerait lui-même un arbitre si les deux parties ne parvenaient pas à s’entendre d’ici le 19 février prochain. La compagnie a refusé de commenter cette déclaration. Rappelons qu’il y a six mois, le magasin de Jonquière obtenait son accréditation syndicale, devenant ainsi le premier établissement syndiqué de Wal-Mart en Amérique du Nord. Après trois mois de négociations infructueuses, les membres du comité de négociations et le Local 503 des TUAC avaient présenté une demande d’arbitrage au ministre du Travail.
La FTQ et les TUAC ont aussi annoncé leur intention d’intensifier la syndicalisation des magasins Wal-Mart au Québec. Ils doivent encore discuter des actions qu’ils pourraient entreprendre, incluant une action en justice, afin d’inciter la compagnie à revenir sur sa décision de fermer son magasin.
De son côté, la branche américaine des TUAC a décidé d’envoyer un courriel à des centaines de milliers d’Américains afin de les inviter à dénoncer le comportement de Wal-Mart. Dans une entrevue accordée au Soleil, le responsable des communications du syndicat, Greg Denier, a déclaré que « Wal-Mart retire sans remords le gagne-pain de plusieurs familles du Québec. Cette compagnie attaque, menace et congédie des travailleurs. Elle viole la loi systématiquement. Nous allons dire aux gens : “Voulez-vous vraiment dépenser votre argent dans cette entreprise?” ».
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